DescriptionDe Châtres-sur-Cher à Gièvres, la vallée du Cher présente des nuances liées à sa morphologie : à l’entrée dans le département, la largeur de la vallée libère une grande plaine agricole. Les coteaux, éloignés de 2,5 kilomètres entre Châtres-sur-Cher et Maray, offrent des points de vue remarquables qui se répondent d’une rive à l’autre : vers le sud, le regard porte sur les doux reliefs cultivés des confins du Berry ; vers le nord, il embrasse l’immense horizon boisé de Sologne. Ces correspondances visuelles se poursuivent en allant vers l’aval, avec le rapprochement des coteaux entre Mennetou-sur-Cher et Gièvres : un couloir régulier d’1,2 km de large en moyenne dessine une courbe qui s’élève pour atteindre Saint-Julien et Villefranche, qui se font face. La vallée s’ouvre à nouveau à l’approche de Gièvres pour former une petite plaine dont la perception est devenue peu sensible visuellement : la vallée très boisée s’avère souvent imperméable au regard ; quelques pentes douces, sur le coteau sud, sont consacrées à l’agriculture et constituent un recul précieux pour apprécier les paysages de la vallée depuis la route-paysage RD35.
Une dissymétrie qui oppose des horizons boisés à des coteaux cultivésDe part et d’autre de la vallée, les sommets de coteaux forment les horizons de la plaine. Chacun apporte aux paysages du Cher les accents des pays voisins : au nord, la Grande Sologne vient ourler le coteau d’un épais manteau feuillu. Les villages s’en détachent visuellement, valorisés par le contraste de l’architecture et de la forêt. Le coteau de la rive gauche est quant à lui essentiellement voué à l’agriculture. La pente y est plus douce que sur la rive opposée, arrondissant les sommets de coteaux. La trame bocagère encore présente fait apparaître des parcelles irrégulières qui maillent les pentes jusqu’à la plaine. Des parcelles boisées s’insèrent ponctuellement entre les pâtures et les cultures. Une vallée cultivée dont subsiste un vaste maillage bocagerLa plaine agricole, à l’image de la vallée elle-même, ne se présente pas sous un aspect unique : des ambiances liées à des occupations du sol variées, alternant entre grandes cultures, bocage et boisements, confèrent au fond de vallée une richesse paysagère et écologique liée à la présence récurrente de l’arbre et de la haie sous diverses formes :
- les secteurs de bocage ouvert : entre Châtre et Mennetou, ainsi que face à la Chapelle-Montmartin, la grande culture cohabite avec des haies formant une trame souple et relativement ouverte. La structure végétale est cependant fragile et tend à disparaître auprès des ruisseaux ;
- les secteurs de bocage dense : face à Villefranche-sur-Cher, au contraire, la plaine agricole en pied de coteau est largement occupée par des petites pâtures cernées de haies serrées. Sur les berges, quelques bancs de sable et des ripisylves viennent parfaire les ambiances de fraîcheur verdoyante ;
- les secteurs de bocage en voie de fermeture : entre Gièvres et Chabris, les paysages de la vallée basculent vers les bois qui occupent la plus grande partie du fond plat, depuis le canal de Berry jusqu’au Cher. La persistance de haies se lit encore aux marges des boisements, s’étirant surtout en pied de coteau en rive gauche.
Des bords de l’eau de qualité mais qui demeurent discretsLa présence de l’eau dans le grand paysage de la vallée reste discrète : le Cher est souvent bordé d’une dense ripisylve et le bocage préservé de la plaine étire des rideaux successifs qui le dissimulent. Grâce aux berges boisées, la rivière se repère facilement depuis les coteaux, sans pour autant se montrer réellement. Les points de vue remarquables sont liés aux ponts qui l’enjambent, souvent accompagnés d’un contexte urbain en arrière plan.
Le canal de Berry, quant à lui, s'inscrit subtilement dans la topographie du coteau de la rive droite. Depuis la RN 76 qui le surplombe légèrement, il demeure invisible ; à Villedieu (commune de Gièvres), la RD 54 le longe très rapidement et accorde alors un bel aperçu de la finesse de son implantation et des ouvrages qui l'accompagnent. Bien que déclassé, il est considéré aujourd'hui comme un élément patrimonial fort dans la vallée et ses berges heureusement ouvertes au public permettent de le parcourir.
Un habitat de marge qui cherche la proximité de l’eauPositionnés à l'appui des coteaux, les principaux bourgs se sont développés auprès du Cher ou du canal de Berry, à la faveur du commerce qu'ils généraient, tandis que quelques villages plus ruraux ont maintenu des implantations isolées en retrait de la vallée. Deux situations bâties se rencontrent fréquemment : - à flanc de coteau, les villages de Châtres, Villefranche et Gièvres sont maintenus en marge de la vallée par le canal de Berry parfois doublé par le Cher qu’ils enjambent d’un pont construit à leur pied. La relation entre l’espace urbain et les rives est souvent soignée, privilégiant l’implantation de jardins et d’espaces publics en transition. Villefranche-sur-Cher, de façon remarquable, affirme cette qualité en prolongeant les bords de canal aménagés et plantés par un espace agricole bocager à l’aspect jardiné ;
- en crête, les sites perchés de Maray, Saint-Loup, Saint-Julien, ou la Chapelle-Montmartin profitent de sommets pour dominer la vallée. Ces villages de taille modeste forment chacun un site bâti valorisant d’où émerge un clocher au dessus des toits de tuile imbriqués.
Seul Mennetou-sur-Cher semble avoir privilégié une situation de piémont, protégé par le canal de Berry qui fait office de digue contre le Cher. La voie ferrée au nord et le canal au sud cernent le centre historique.
Les sites bâtis, largement visibles d’un coteau à l’autre, sont magnifiés par le relief qui permet de les offrir au regard, tantôt enveloppés de forêt, tantôt installés au cœur de grands espaces agricoles. Depuis les villages également, quelques points de vues sont préservés mais l’urbanisation diffuse tend petit à petit à privatiser les vues. Développée sur les coteaux et les crêtes, elle engendre un mitage progressif qui apparaît principalement en rive droite. Bien qu’encore majoritairement individualisés, certains villages tendent à se rejoindre peu à peu pour former des continuités le long des routes comme entre Mennetou et Châtres, ou Saint-Julien et la Chapelle-Montmartin.
La plupart des villes et villages de la rive droite se sont construits au contact des voies de communication, dont la plus ancienne n’est autre que le Cher. Cette disposition particulière, accentuée par l’étroitesse de la vallée, a permis de développer un urbanisme étiré linéairement sur les coteau, selon une organisation proche des « villages rues » de Sologne : les centres s’allongent en files de petites maisons accolées les unes aux autres. L’architecture conforte cette filiation par la présence importante de la brique, particulièrement marquante en rive droite. Les teintes chaudes se mêlent aux enduits clairs qui illuminent les rues. L’aspect général est cependant plus sec qu’en Sologne, où l’espace public est plus souvent enherbé. La construction fait aussi appel aux ressources locales : le rebord nord de la vallée est marqué par des affleurements d’argiles à silex dans les pentes ; aussi les silex et quelques fragments de poudingues, ramassés dans les champs, se mêlent au moellons de « grès de Maray » extraits sur la rive gauche. Les villages prennent alors des teintes plus claires qui rappellent les sols des terres agricoles. Des infrastructures et une urbanisation contraintes par le reliefLa vallée est par nature propice à l’installation de voies de communication. Cependant, l’étroitesse des secteurs non inondables a contraint les infrastructure nouvelles à s’installer sur les piémonts ou les coteaux, « comprimant » l’urbanisation de façon parfois intense : Mennetou en est l’exemple le plus frappant, le Cher étant doublé du canal de Berry, de la RN76 et de la voie ferrée. L’urbanisation, pour se développer, a donc progressé sur le plateau, déconnectée du centre, tandis que les activités de loisirs ont été préférentiellement positionnées dans la petite plaine inondable délimitée par la rivière.
Une transformation lisible du paysage agricole en coursLe paysage agricole de la vallée, s’il est encore en partie structuré par des haies, présente régulièrement des formes plus simplifiées : les parcelles larges d’où les haies ont été éradiquées vont parfois jusqu’aux berges du Cher ; les prairies humides sont progressivement retournées pour permettre la mise en culture jusqu’au plus près de la rivière ; l’aspect jardiné et soigné du fond de vallée disparaît petit à petit au profit de paysages ouverts où domine la monoculture. Cette évolution en marche est particulièrement sensible dans la plaine bocagère de Châtres-sur-Cher, où le maillage se délite, autour de nombreuses parcelles, en lambeaux de haies discontinus. Face à Langon ou la Chapelle-Montmartin ou Launay, la grande culture s’est largement développée et contribue à simplifier les paysages du Cher, à appauvrir les ambiances et les milieux.
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Agence Folléa-Gautier, paysagistes-urbanistes
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