La Loire compose un grand paysage complexe car deux topographies s'additionnent : celle, classique, des coteaux qui la bordent et celle, plus originale et plus subtile, de son fond de vallée, qui n'est pas plat naturellement et qui a fait l'objet d'aménagements :
- La topographie des coteaux en rebord de vallée contribue à différencier les unités de paysage successives au fil de la Loire : à l'amont de Blois, les coteaux restent modestes, et la Loire forme un pli large mais peu profond entre Beauce et Sologne ; ces coteaux adoucis suffisent à cristalliser les villages et châteaux qui se succèdent au fil de l'eau de Mer à Saint-Claude-de-Diray, en passant par Suèvres, Muides, Saint-Denis-sur-Loire, Saint-Dyé-sur-Loire ou Ménars, composant des sites remarquables, pas forcément spectaculaires mais précis, riches de patrimoine …et fragiles ; autour de Blois, en rive droite notamment à l'aval de Ménars, et en rive gauche à partir de la forêt de Russy, les coteaux s'accentuent avec la Loire qui creusent son cours, atteignant 30 à 40 m d'amplitude ; jusqu'à l'aval du département, la vallée est alors nettement délimitée par ces rebords, occupés par l'urbanisation de Blois, des villages, le château de Chaumont-sur-Loire et, selon la pente, par des cultures ou plus souvent des boisements ;
- Entre les deux versants, qu'elle a sensiblement écartés l'un de l'autre par ses déplacements latéraux au cours des deux cent derniers millénaires (2 à 3 km dans le département et jusqu'à 7km en amont dans l'Orléanais et à l'aval en Anjou), la Loire a déposé dans son lit majeur d'énormes quantités d'alluvions composées de sables, de graviers et de limons ; au sein de ce couloir que forme la vallée, des ambiances assez diverses se juxtaposent, en lanières parallèles au fleuve, du fait de la topographie subtile de la plaine alluviale. En effet, contrairement à la logique communément admise, le fond de vallée prend une forme légèrement bombée, à peine sensible à l'œil, hérité d'une terrasse élaborée au cours des récentes glaciations ; il est ainsi légèrement plus haut que les pieds des coteaux de part et d'autre ; l'un des côté est occupé par le lit mineur du fleuve, l'autre par les affluents, qui offrent ainsi la curieuse particularité de suivre longuement la Loire parallèlement à celle-ci, profitant de la gouttière formée en pied de coteau : c'est le cas de l'Ardoux à l'amont du département, du Cosson au droit de Blois, de la Cisse en rive droite qui, débouchant dans la vallée à Blois, ne mêle ses eaux à la Loire qu'à Tours ; c'est aussi le cas du Cher à Tours, de l'Authion à proximité d'Angers, de l'Indre, etc. Ainsi, il y a souvent deux cours d'eau parallèles dans la vallée : la Loire proprement dite, escortée d'un affluent.
Ce sont les inondations qui révèlent avec le plus de précision la subtilité de ces reliefs : toujours parcourues par les eaux, ces dépressions sont naturellement les premières atteintes par l'inondation. Leur altitude au-dessus de l'étiage de la Loire n'est en moyenne que de 2 mètres, alors que celle des parties les plus élevées de la Plaine submersible atteint ordinairement 4.50 mètres. C'est par de légères dépressions obliques que s'insinuent les crues les plus considérables. Par temps d'inondation, seuls émergent les dos de terrains du centre et quelques îlots imperceptiblement plus élevés que le lit majeur. Ce sont les « peus » de l'Anjou et les « montils » de la Touraine. On les attribue aux débris d'une ancienne terrasse démantelée puis fossilisée partiellement par les apports plus récents.
Roger Dion, dans « Le Val de Loire, étude de géographie régionale » décrit ainsi le phénomène des crues de la Loire :
« Avant même que la crue n'ait dépassé les berges du lit mineur, la dépression latérale est envahie par le refoulement de l'affluent qui la parcourt ou par la montée des nappes d'infiltration. Et lorsque l'inondation commence, les eaux, déjà profondes au pied des versants, touchent aux bornes qu'il ne leur sera pas permis de dépasser. Il ne leur reste qu'à couvrir la partie bombée de la plaine alluviale qu'elles circonscrivent déjà de toutes part. […] Des courants puissants, attirés par les dépressions, lavent le bas des pentes, chassent les éboulis qui auraient pu s'y accumuler dans l'intervalle des crues et entretiennent ainsi dans la fraîcheur de ses formes la topographie précise des bords du lit majeur. La nature des lieux permet donc aux riverains de la Loire d'indiquer avec beaucoup de sûreté et, en général, à moins de 50 mètres près, l'emplacement des limites latérales de leur Val, au pied du coteau qu'ils appellent, suivant les régions « le tertre » ou « la côte ». »