La Loire, dans une moindre mesure, charrie aussi une image de nature. Un peu moins domestiquée que les autres fleuves par les travaux de « canalisation » engagés sur le territoire national à partir du XIXe siècle, elle est « le dernier fleuve sauvage d’Europe ».
Cette image sauvage positive se cristallise tout particulièrement autour des îles et des bancs de sables qui se forment et se déforment dans son lit, au gré des caprices du fleuve, de ses crues et de ses courants : autant d’attributs précieux, ailleurs éliminés pour les besoins de la navigation, du développement industriel ou de la protection des rives contre l’érosion et les crues. Ces îles de sables plus ou moins tressées par les courants offrent de très grandes qualités paysagères et environnementales : elles enrichissent les paysages du fleuve en les complexifiant, elles approfondissent les vues, elles diversifient les échelles de perception, elles accrochent la lumière par leur blancheur immaculée, elles prennent des formes douces et allongées presque sensuelles ; en termes d’environnement, leurs bienfaits sont connus : en démultipliant les échanges entre terres et eaux, elles augmentent les possibilités de niches écologiques et, partant, la biodiversité.
Ces ambiances ne se rencontrent pas partout ; à l’échelle de la vallée, il s’agit même de secteurs plutôt rares, largement minoritaires en surface, plutôt difficiles à percevoir. Cette confidentialité de la Loire sauvage s’est accentuée avec son rétrécissement au lit mineur et la raréfaction des paysages de l’eau, associant, outre l’eau, une épaisseur, offerte par les ripisylves et surtout par les pâtures et les prairies de fauche, avec leur cortège d’arbres et de haies.